L’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte et l’Observatoire régional de la santé (ORS) de Mayotte, en partenariat avec le Centre collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS, EPSM Lille-Métropole), lancent FIKIRA, la première étude descriptive de la santé mentale en population générale à Mayotte. Cette enquête, inédite sur le territoire, vise à mieux comprendre les besoins de la population mahoraise afin d’orienter les politiques de santé mentale.
Un territoire cumulant des facteurs de risque psychosociaux parmi les plus élevés de France
Mayotte concentre des vulnérabilités particulièrement marquées, susceptibles d’affecter durablement la santé mentale de ses habitants. Plusieurs indicateurs témoignent de l’importance de ces enjeux :
• 77 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté national (2018) ;
• le taux de chômage de 29 % (2024) ;
• l’offre de soins en santé mentale reste limitée, avec 23 psychologues pour 100000 habitants, contre 108 en France hexagonale.
Dans ce contexte, disposer de données fiables et représentatives constitue un enjeu essentiel pour mieux appréhender les réalités locales, identifier les besoins et adapter les réponses sanitaires et médico-sociales aux spécificités du territoire.
FIKIRA : une première étape structurante pour documenter les besoins de la population
Jusqu’à présent, les données épidémiologiques consacrées à la santé mentale en population générale à Mayotte demeurent très limitées. L’étude FIKIRA entend répondre à ce manque de connaissances en s’appuyant sur une méthodologie rigoureuse et des outils scientifiques reconnus. À compter du jeudi 22 octobre 2026, vingt-deux enquêteurs-traducteurs formés par le CCOMS mèneront des entretiens en face à face, au domicile des participants. Les entretiens pourront se
dérouler en français ou en shimaoré, selon le choix des personnes interrogées, afin de favoriser leur compréhension et leur participation.
L’étude comprend deux volets :
• Un volet principal en population générale, auprès d’un échantillon représentatif de 1 100 adultes âgés de 18 ans et plus, tirés au sort sur l’ensemble du territoire ;
• Un volet exploratoire auprès des jeunes, concernant 400 enfants et adolescents âgés de 11 à 17 ans, afin d’amorcer une meilleure connaissance des enjeux de santé mentale à ces âges.
Une approche scientifique globale, adaptée aux réalités mahoraises
L’étude permettra de mesurer la prévalence des principaux troubles psychiatriques, parmi lesquels :
•la dépression et l’anxiété ;
•l’état de stress post-traumatique ;
•les troubles psychotiques ;
•les troubles liés aux substances.
Au-delà de ces indicateurs, FIKIRA s’intéressera aux représentations sociales de la santé mentale, à la manière dont les habitants perçoivent ces troubles et aux ressources auxquelles ils ont recours, qu’il s’agisse de dispositifs de soins formels ou de soutiens informels.
Cette approche permettra de croiser les dimensions cliniques, sociales et culturelles afin de mieux comprendre les parcours, les besoins et les éventuels obstacles à l’accès à l’accompagnement et aux soins.
Des résultats pour éclairer les politiques publiques et renforcer l’action territoriale
Les résultats de FIKIRA seront rendus publics et feront l’objet de restitutions auprès des acteurs locaux de la santé, des élus et de la population.
En produisant des connaissances inédites sur la santé mentale à Mayotte, cette étude constitue un levier essentiel pour mieux cibler les priorités de prévention, adapter l’offre de soins et accompagner le développement de réponses au plus près des besoins des habitants.
Les enseignements de l’étude viendront ainsi éclairer les orientations de l’ARS de Mayotte en matière de prévention et de promotion de la santé mentale, dans le cadre du Projet régional de santé.
FIKIRA marque ainsi une étape importante dans la structuration des connaissances en santé mentale à Mayotte et dans la construction d’une politique de santé publique fondée sur des données scientifiques, adaptée aux réalités du territoire et tournée vers l’amélioration durable de la santé de sa population.




